Quand les murs se taisent
Travail photographique pour le compte de la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines (POPSU), en partenariat avec des chercheurs de l’université de Rennes. / Dans de très nombreuses villes de l’Hexagone, le nombre de logements vétustes est en constante augmentation, soulevant l’inquiétude des édiles. Le drame de la rue d’Aubagne à Marseille en 2018 a certainement servi de catalyseur dans la prise de conscience collective : au XXIe siècle en France, on peut encore mourir d’habiter dans un logement indigne. Si des mesures exceptionnelles ont été prises dans la cité phocéenne pour parer à l’urgence, le problème, lui, reste entier. Ailleurs, loin des projecteurs médiatiques, les villes de tailles modestes subissent un sort tout aussi préoccupant.
Guingamp n’échappe pas à ce constat alarmant. Les immeubles se dégradent à mesure que la population déserte la cité. Les petits propriétaires qui restent — souvent des personnes âgées à faibles retraites ou des primo-accédants en situation financière tendue —, sont, eux, bien en peine pour trouver les fonds nécessaires à la réhabilitation de leurs logements, tandis que les aides publiques ne suffisent pas à couvrir les dépenses exorbitantes des chantiers. Ainsi le centre-ancien de la petite ville bretonne est-il menacé. En 2023, l’immeuble du 18 rue des Ponts Saint-Michel a été frappé d’un arrêté de péril, tandis qu’il présentait un risque imminent d’effondrement en raison de « déformations structurales ». Les habitants ont dû être évacués, le commerce du rez-de-chaussée a été dans l’obligation de fermer, mais cette décision a permis d’éviter une catastrophe similaire à celle de Marseille. Déjà par le passé, ce principe de précaution a été appliqué à l’encontre d’autres immeubles fragilisés, notamment rue de la Trinité ou sur la place du Centre. Le maire de Guingamp, Philippe Le Goff l’admet : « C’est une procédure humainement compliquée, mais quand il y a danger pour les personnes qui vivent ou travaillent dans le bâtiment, on n’a pas le choix ». Le premier magistrat de la ville a fait de l’habitat insalubre une cause majeure de son mandat et prône une politique interventionniste en la matière.
Pour endiguer le cancer du mal-logement, l’idée d’un « permis de louer » accordé aux seuls biens conformes aux normes a été un temps mise à l’étude par la municipalité guingampoise, avant d’être reportée sine die en raison du coût que représentait sa mise en vigueur. Pour autant, la cité bretonne fait preuve de dynamisme et cherche des solutions pérennes pour améliorer le bien-être de ses administrés. Près de 160 logements dégradés ont ainsi été identifiés et doivent faire l’objet d’une réhabilitation, en partenariat avec Guingamp-Paimpol Agglomération, maître d’ouvrage dans ce projet. La ville entend protéger son patrimoine immobilier et repeupler son centre en le rendant attractif, notamment par l’ouverture ou la réouverture de nombreux commerces.